En juin 1944, la limite entre le secteur britannique de Gold Beach et le secteur canadien de Juno passait précisément ici. À Loucelles et Audrieu se battaient les Britanniques de la 50th Northumbrian Division et de la 8th Armoured Brigade ; à Putot-en-Bessin et Brouay, deux kilomètres à l’est, les Canadiens débarqués à Juno. Séjourner ici, c’est littéralement dormir sur la couture de deux armées.
D’après les travaux de mémoire du Calvados, le 8 juin au matin, les chars du 24th Lancers accrochent dans le village le bataillon de reconnaissance de la 12e division SS « Hitlerjugend ». L’infanterie du 1st Dorsets est engagée vers 16 h ; en soirée, après une heure vingt de bombardement d’artillerie sur le secteur voisin d’Audrieu, les SS se replient. À la tombée de la nuit du 8 juin 1944, Loucelles est libérée par le 1st Dorsets et les chars des 4th/7th Royal Dragoon Guards.
La maison elle-même longe l’ancienne route nationale 13, la route de Caen à Bayeux de 1944 : l’axe que les villages verrous de Putot, Norrey et Bretteville tiennent contre les contre-attaques de la 12e SS les 8 et 9 juin, puis, le front passé au sud, une artère de la logistique alliée. Des objets britanniques retrouvés dans le terrain suggèrent que des troupes y ont fait halte en 1944, stationnement, réparation ou repos, impossible de le dire avec certitude ; ce qui est sûr, c’est que la bataille est passée devant la porte.
Le front ne s’éloigne pas pour autant : Brouay, à deux kilomètres, reste tenu jusqu’au 16 juin sous un duel d’artillerie permanent ; Cristot tombe le même jour ; Tilly-sur-Seulles, prise et reprise une vingtaine de fois, ne cède que les 18-19 juin. Le 11 juin, les Green Howards se battent le long de la voie ferrée Caen-Bayeux qui borde la commune au sud, la halte d’Audrieu, à trois minutes de la maison, dessert toujours cette ligne.
Ces journées comptent parmi les plus sombres de la bataille de Normandie. À Putot, les Royal Winnipeg Rifles sont submergés le 8 juin au matin, avant que le Canadian Scottish ne reprenne le village le soir même. Au château d’Audrieu, une soixantaine de prisonniers canadiens et britanniques sont assassinés par la 12e SS entre le 8 et le 11 juin, leurs mémoriaux se visitent, au château comme au bourg.
Dès la mi-juin, le village bascule en zone arrière : du 14 au 26 juin, les Royal Engineers construisent à Martragny, sur le plateau voisin, l’aérodrome de campagne B-7, d’où opèrent des Mustang puis des Typhoon jusqu’en septembre 1944. Les registres du Commonwealth, eux, continuent de se remplir : Brouay, Secqueville, Tilly, Jérusalem, quatre cimetières à moins de dix minutes de la maison.